Les Compagnons à Neuville

Par • jeudi 26 août 2010 • Rubrique(s): Archives, Culture & Loisirs, Neuville sur Saône, Vos contributions

Les futurs Compagnons de la Chanson ont donné leur premier récital à Neuville-sur-Saône en  septembre 1941.

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1941 : les Compagnons de France s’installent 81 rue Garibaldi à Lyon : ils sont 120 compagnons sur 6 étages attelés à des tâches administratives et de bureautique. Or une soixantaine suffirait largement…
Une soixantaine pourra être renvoyée… A la demande du Commandant Tournemire, Delorme  est affecté à cette mission ingrate de désigner ceux qui seront licenciés.

Huit jours, plus tard il remet à son commandant une liste de 48 personnes proposées, non pas pour le couperet du licenciement, mais pour un reclassement !
Les critères de ce choix ? Un peu gêné, Delorme avoue avoir inscrit en tête de liste les gars aux cheveux longs… qu’on appelle alors les « les Zazous » ; pour les autres, les critères de sélection sont fonction de leurs possibilités de reclassement.

Pourquoi 48 au lieu de 60 ?
Parce qu’en analysant les différents postes, il a trouvé sous les combles  un groupe de 11 gamins dirigés par un certain Louis Liébard,  « maître de Chapelle » qui se sont baptisés :

«  LES COMPAGNONS de la MUSIQUE »

et qui s’exercent au chant choral de façon tout à fait remarquable, plutôt que de se livrer au forestage, à la gymnastique ou à d’autres occupations comme les garçons de leur âge.
Delorme propose de rentabiliser leur talent en constituant une véritable troupe, au sens scénique du terme.
Il est alors entendu de se donner 3 mois pour mettre en place cette idée et trouver un budget.

Le projet débouche sur l’idée de se produire pour la première fois devant un public lyonnais. Les répétitions se font à raison de 8 heures par jour sur un répertoire profane choisi par Louis Liébard.
L’automne arrive et, comme il fait encore beau, les Lyonnais vont volontiers à Neuville-sur-Saône avec le Train Bleu pour se détendre et se baigner. Quand il fait beau le dimanche après-midi, la plage regorge de baigneurs en famille. On s’assure que la salle de l’Orphéon toute proche est libre un prochain dimanche à 17 heures.

Il fait beau. Les Compagnons de la Musique prennent le Train Bleu au début de l’après-midi et débarquent au terminus quai Pasteur. La plage est bien occupée d’estivants en tenue légère ou costumes de bain. L’arrivée de ces garçons de 15 à 17 ans en tenue bleue des Compagnons de France passe pourtant à peu près inaperçue… Ils commencent par se débarrasser de leur uniforme pour apparaître en caleçon de bain. Ils deviennent alors totalement anonymes ! Ils vont se baigner individuellement.

Tout à coup, sur un signe de Liébard sans doute, ils se rangent discrètement au coude à coude, sur un rang face la plage et ils se mettent à chanter comme ils le font depuis quelques semaines de répétition.
La foule amusée, ravie de cette récréation aussi gratuite qu’inattendue, s’intéresse peu à peu à cette saynète sans prétention ; elle applaudit la première chanson et elle en redemande.
Alors c’est le grand jeu ! Les Compagnons demandent le silence et ils lancent leur fameux « Perrine était servante ».
La partie pouvait être gagnée ! Au 8e couplet « au bout de 6 semaines, les rats… » les chanteurs avec un ensemble parfait plongent en avant et disparaissent sous l’eau… 5 à 10 secondes plus tard,  ils réapparaissent après avoir escamoté une partie du couplet sous l’eau et ils continuent « ils s’y avaient rongé le crâne… »
Le 13e couplet terminé? la foule est enthousiaste !
La troupe continue de chanter pendant que quelques uns sortent de leur sac les carnets de tickets et les placent sans difficulté au public pour remplir l’Orphéon où une séance est donnée à 17 heures avec un succès inimaginable quelques heures avant.

Dès le lendemain, il est proposé à Jean Danel, responsable des Compagnons de France dans la région de Brive-la-Gaillarde, d’organiser une tournée dans les communes voisines… puis à Vichy …
Interprètes de vieilles mélodies françaises empruntées au folklore (Perrine était servante), c’est en 1944, alors qu’ils sont encore sous la tutelle de Louis Liébard, chez les Compagnons de la Musique, qu’ils connaissent un premier succès et qu’ils rencontrent Édith Piaf à l’occasion d’un gala à Paris.

Cette troupe deviendra les COMPAGNONS de la CHANSON en 1946 en se séparant de Louis Liébard.
En 1946, ils enregistrent avec Piaf la chanson « Les trois cloches » du compositeur suisse Jean Villard, plus connu sous le pseudonyme Gilles, qui deviendra un succès international et les révèlera au grand public grâce à un arrangement réussi par Marc Herrand. Encouragés et soutenus par Édith Piaf, les Compagnons de la chanson adoptent un répertoire plus jeune et partiront en tournée aux États-Unis. À leur retour en France, ils rencontrent un succès prodigieux qui va leur permettre de parcourir le monde. Les succès s’enchaîneront durant les années 1950, 1960 et 1970.

D’après une correspondance de M. Jacques-Yves Mulliez avec la Mairie de Neuville-sur-Saône

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