Koh-Lanta géant, ou mieux comprendre la situation en Thaïlande.

Par • jeudi 22 avril 2010 • Rubrique(s): Archives, ete 2010, Vos contributions

Lequel, des Rouges ou des Jaunes, restera à la fin des émeutes civiles ?
La Thaïlande joue à un « Koh-Lanta » géant, l’émission de TF1 qui porte le nom de cette île paradisiaque du sud du pays.

Pour bien comprendre la situation thaïlandaise, il convient de faire un flash-back :

La Thaïlande n’a jamais été colonisée, tout au plus partiellement occupée par l’entente cordiale franco-britannique. Elle devient une monarchie constitutionnelle en 1932, avec une chambre basse (députés) élue par le peuple et une chambre haute (sénateurs) nommée par le premier ministre, lui-même nommé par les députés.

Le 19 septembre 2006 : avec l’accord du Roi, un coup d’état militaire renverse le premier ministre Thaksin Shinawatra accusé de corruption ; il sera condamné et est aujourd’hui en exil.
Le 1er octobre 2006 : le général en retraite S. Chulamont est nommé premier ministre, il devra rendre le pouvoir au peuple par des élections et une nouvelle constitution.

Décembre 2007 : les élections voient la victoire du PPP (people power party), nouveau nom du parti dissous de Thaksin… retour à la case départ.

29 janvier 2008 : Samak Sundaravej devient premier ministre ; les fils dans son dos qui le relient à Thaksin sont à peine dissimulés

Fin août-début septembre 2008 : premières manifestations des chemises jaunes du PAD (partisans de l’alliance démocratique) jusqu’à la destitution de Samak par la cour constitutionnelle.

9 septembre 2008 : Sonchai Wongsawat est nommé premier ministre ; il est l’époux de la sœur de Thaksin…. nouveau retour à la case départ.

2 décembre 2008 : le PPP est dissous et ses principaux membres, dont le premier ministre, sont interdits politiques pour 5 ans par la cour constitutionnelle.

Thaksin est donc le chef des rouges. Après avoir fait fortune dans les ordinateurs et les téléphones portables grâce à ses nombreux contacts dans l’administration, il multiplie sa fortune par quatre lorsqu’il est premier ministre. Ami des chinois et de la junte birmane, pour lui « la démocratie est un moyen, pas une fin ». Son parti, qui renait de ses cendres à chaque dissolution, est basé sur la corruption et sur l’achat des votes, pratique courante en Asie. Il reste d’ailleurs très populaire dans les classes rurales du nord de la Thaïlande car il est le seul à avoir mis en place des aides aux plus démunis. En revanche, il est détesté par les classes moyennes du sud et l’élite de Bangkok.

Les Rouges sont donc éliminés par les Jaunes les uns après les autres, à l’instar de l’émission de TF1, par le jeu des alliances, les défiances et les combines minables.

En tout cas, si la télé-réalité nous fait sourire, la réalité du téléguidage de la politique par Thaksin fait moins rire les Thaïlandais.

Pour un Asiatique, la politique n’est pas un métier respectable, malhonnêteté et corruption en sont le quotidien. Malgré tout, cette mentalité évolue et même s’il est encore très difficile d’être un vrai démocrate en Thaïlande, beaucoup tentent de s’en approcher. Mais comment être libres et égaux en droit dans des sociétés où l’inégalité sociale et ethnique est depuis des siècles érigée en système politique ? Par l’éducation certainement, car trop d’individus n’ont pas encore les moyens de comprendre l’importance de ce geste.

Amateurs de télé-réalité rassurez-vous, même si, pour l’instant, les Jaunes ont gagné les épreuves de « confort » et « d’immunité », la série thaïlandaise devrait encore continuer ; en effet le PAD a été fondé et est soutenu par le milliardaire et patron de presse Sondhi Limthojkul, lui aussi ancien ami de Thaksin…. Compliqué n’est-ce pas, un peu comme un casse-tête thaïlandais !

Il n’en reste pas moins que la situation est très fragile car le roi est fragile. 100 % des Thaïlandais sont royalistes, et la moindre irrévérence est lourdement condamnée, ne vous avisez pas de dessiner des moustaches sur l’un des nombreux portraits qui « trônent  » dans les rues : vous iriez directement en prison pour quelques années. Il faut reconnaître que les Thaïlandais ont de quoi admirer leur Roi qui, en 62 ans de règne, a guidé le pays vers la richesse et le développement économique. Même s’il est arrivé au pouvoir à la suite de l’assassinat de son frère Mahidol, assassinat jamais élucidé malgré les apparences (trois condamnations à mort), même si le magazine « Forbes » vient de révéler que sa fortune était estimée à 35 milliards de dollars.

Non sa fragilité tient d’abord à sa santé précaire et surtout à sa succession embarrassante. Son fils aîné n’est pas du tout apprécié par le peuple qui déteste ses frasques minables. Le peuple lui préfère sa fille ainée, la très belle princesse Ubolratana 1, âgée de 57 ans, qui, après son divorce, est revenue vivre en Thaïlande et qui, depuis, s’occupe de promouvoir l’éducation dans tout le pays. Moderne, actrice et productrice de cinéma pour la bonne cause, elle incarne la modernité. La perte d’un de ses fils dans le tsunami de 2004 l’a définitivement fait adopter par le cœur de tout un peuple.

Les jours du roi de Thaïlande sont comptés et le voila confronté au « choix de Sophie ».

article initialement publié le 4 décembre 2008

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