J’ai testé… la vie en Fatshionista

Par • jeudi 10 juin 2010 • Rubrique(s): Archives, ete 2010, Vos contributions

Après le règne controversé des fashionistas, abonnées aux régimes draconiens et aux jeans skinny, c’est au tour des fatshionistas de faire des émules. Stars internationales ou simples bloggeuses estampillées XXL par le monde impitoyable du prêt-à-porter, elles font désormais la UNE des magazines les plus prestigieux. Mais, derrière cette apparente victoire du ‘’plus size’’, se cache une réalité beaucoup moins glamour… Enquête.

Bien dans leur peau, bien dans leur chair, ces nouvelles femmes décomplexées provoquent une véritable levée de bouclier contre la société du paraître. Après le scandale des mannequins anorexiques morts sur l’autel du prêt-à-porter, après les nombreux excès des régimes dissociés, hypocaloriques ou hyperprotéinés, c’est un véritable souffle de liberté qui s’empare de nos penderies. Ce nouveau phénomène mode et médiatique a-t-il pour autant changé la vie quotidienne des filles rondes souhaitant être tendance comme tout un chacun ? L’immersion dans le monde des fatshionistas peut commencer.

L’apprentissage d’une fatshionista

Être une fatshionista, c’est tout d’abord s’assumer sans complexe. Oubliés, les rondeurs disgracieuses et les kilos superflus : la fatshionista ne se cache pas, elle possède l’art et la manière d’embellir ses courbes. Si la mode ne doit plus être considérée comme une rivale, qu’en est-il réellement au-delà de la taille 44 ? Rapide tour d’horizon des boutiques spécialisées : la capitale de l’industrie textile est visiblement en retard sur les nouveaux canons de la beauté. Les boutiques ‘‘grandes tailles’’ proposent pêle-mêle habits et accessoires pour femmes de 20… à 90 ans, où le vêtement extensible est roi. Pas vraiment du goût d’une fatshionista…

Direction donc les grandes enseignes de prêt-à-porter, à l’instar de la collection ‘‘Big Is Beautiful’’ d’H&M – tout un programme ! –. Sur place, les vêtements ‘‘plus size’’ sont bel et bien en rayon, mais la responsable se refuse à tout commentaire concernant le positionnement du géant suédois sur le phénomène des grandes tailles… La faute sûrement à une lettre de l’enseigne visible sur le site vivelesrondes.com, expliquant que, si elle supprime peu à peu le concept ‘‘Big Is Beautiful’’ de ses magasins, c’est uniquement pour ‘‘des raisons de place’’… La ‘‘plus size’’ serait-elle restée tabou ?

Blogs et déboires

C’est finalement via internet que les fatshionistas semblent pouvoir s’épanouir pleinement. Les sites spéciales rondes sont légion, et de nombreux blogs ont percé le jour, parmi lesquels celui de Sakina, créé il y a tout juste un an. Son but : ‘‘Partager des bons plans et mettre en avant des associations d’idées. La France est véritablement en retard sur les grandes tailles, en particulier auprès des 18-30 ans.’’ Ainsi, son blog lui permet d’apporter sa contribution personnelle au monde du prêt-à-porter : ‘‘Je mets en lumière le fait que la mode n’est pas réservée à une seule taille. Ce n’est pas un terrain interdit aux rondes. On peut avoir du style et posséder une véritable légitimité sans avoir à se cacher.’’

Mais derrière cette volonté se cache une autre réalité, comme l’explique Thamitar, directeur artistique de la marque grande taille ‘‘Clin d’œil’’ : ‘‘Ces blogs sont à double tranchant. Il s’agit d’une véritable déformation de la réalité, parce que toutes les femmes ne peuvent pas rentrer dans ces vêtements. Il ne faut pas oublier que ces blogs non professionnels sont financés par des marques. Le problème se pose également avec les femmes rondes en une des magazines : elles n’ont pas les défauts que peuvent avoir les vraies femmes fortes. A contrario, lorsque je conçois une collection, je la mets en valeur en prenant en compte ce qu’elle est réellement.’’

De l’art de s’assumer

L’immersion dans l’univers – parfois impitoyable – des fatshionistas touche à sa fin. Se heurter aux difficultés rencontrées par ces femmes souhaitant malgré tout rester féminines et fashion n’est pas de tout repos. Ronde ou mince, le véritable problème reste celui de la perception et de l’estime de soi. L’astuce à piquer aux fatshionistas ? S’accepter telle que l’on est, en se débarrassant par la même occasion de ce vieux complexe sado-masochiste qui s’empare de nous devant chaque couverture de magazine…

Chiffres clés

– 38 % des Françaises font au  minimum une taille 44.
– Depuis 1970, les femmes ont pris 2,10 cm de tour de taille.
– Côté poids, la balance moyenne affiche 62,40 kilos, soit 1,800 kg de plus en 40 ans.

Illustration page d'accueil : looleeah_stahkey

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