Liberté ou vidéo-surveillance ?
Par Michel Muyard • Jeudi 18 février 2010 • Rubrique(s): A la Une •Dernièrement, lors d’une émission télévisée, Mme Mitterrand fit une démonstration magistrale sur le sentiment de peur qu’on essaie d’insinuer dans l’esprit des Français pour justifier une politique de sécurisation à tout prix.
Vous pouvez voir l’intégralité de cette émission sur la sécurité intérieure en cliquant ici.
Sans avoir ni son talent, ni son charisme, je dois bien avouer que cette prolifération de vidéos de surveillance, de fouilles systématiques lors des grands événements, commence à m’agacer sérieusement.
On vient d’apprendre que la mairie de Rochetaillée sera bientôt protégée par des vidéos. Neuville est quadrillé par le même procédé. La plupart des communes envisagent cette surveillance pour ses lieux sensibles. D’après des informations récentes, Lyon est truffé d’œils électroniques. Tous ces abus sécuritaires sont la conséquence d’autres abus, tout aussi déplaisants, que sont la dégradation voire la destruction de biens communaux ou privés.
Notre liberté, voire notre intimité, sont déjà fortement mises à mal par un suivi systématique grâce à nos cartes bancaires, nos téléphones portables ou nos ordinateurs. Nous avons la chance d’être dans un pays encore démocratique mais qu’adviendra-t-il si un jour tous ces outils de surveillance tombent dans des mains plus crapuleuses, plus soucieuses de dicter des idées de pouvoir absolu.
Sans avoir rien à me reprocher, je n’ai pas envie de savoir qu’on me suit à la trace, qu’on sache où je vais, qu’on sache ce que j’achète et quels sont mes amis. Est-ce que derrière cette profusion de technique, au service de la collectivité, ne se cache une idée plus perfide qui consisterait à être contrôlé plus facilement. Il est toujours dangereux de mettre des moyens puissants dans des mains, même honnêtes, de gens avides de pouvoir.
Une question reste aussi à poser : est-ce que cette prolifération de vidéo-surveillance va vraiment empêcher les délits et est-ce que cet argent dépensé ne serait pas mieux utilisé à d’autres fins plus collectives, plus associatives, plus sociales.
Des abus proviennent d’autres abus. Un autre exemple : on ne peut plus aller à un match de foot sans être fouillé à cause de quelques abrutis qui confondent le sport et leur exutoire à la violence. On se demande d’ailleurs comment certains faits se produisent encore quand on voit les moyens déployés pour les éviter. Ceci tendrait à prouver que ceux qui veulent faire du mal, rien ne les en empêchera, ni la vidéo, ni les fouilles.
Je suis toujours angoissé quand je vois un film ou un reportage sur un pays totalitaire où la suspicion, la délation et la surveillance sont érigés en système politique. Nous n’en sommes pas là bien entendu, mais soyons vigilants quand même.
Partager, imprimer, envoyer :
Autres articles à lire sur Saônor.fr :
ouvrir
Bonjour,
Vous avez raison en théorie, mais alors donnez des solutions qui ne coutent rien financiérement et sans atteinte à notre vie privée ?
J’aimerai bien lire vos propositions sur un prochain article du journal
Cette semaine dans notre ville encore une agression a été commise et pourtant notre commune a investi des sommes colossales dans l’installation de caméra. Nous en avions déjà 13.
Cela pour vous dire que même si les dernières caméras ne sont pas encore installées, les personnes qui sont déterminées arrivent toujours à leurs fin. De plus le 2ème effet pervers c’est que des quartiers tranquilles récupèrent la délinquance et les vols qui se produisaient ailleurs.
Bastet :
Vous demandez des propositions : en voilà une. Plus d’hommes sur le terrain sans répression et sans chasse à l’homme, une présence physique est plus marquante que des caméras qui sont régulièrement dégradées. Je viens d’une ville de 15 000 habitant qui est à 100% pour la vidéosurveillance et depuis 2 ans la commune a alloué un budget pour la réfection des caméras. Super, qui paye ?
Je vous précise bien que je parle de présence humaine et non de cow boy la main sur le revolver. Voilà mon avis, je ne suis pas science infuse mais tout simplement une personne qui en a marre de payer pour une élite.
L’agression qui s’est produite à Neuville l’était sur un lieu sans vidéosurveillance dont acte. mais je me demande à quoi vont servir des caméras pour le banditisme à cagoules. Pour la petite délinquance amateur totalement pour afin d’identifier la petite délinquance qui pourrie la vie des cités.
@jacques : bien sûr que l’agression s’est produite dans un lieu sans surveillance, ils ne sont pas fous les délinquants. Et l’on va densifier le réseau de vidéosurveillance en 2010 (budget : 150 k€ supplémentaires). Mais ce nouveau maillage ne va pas couvrir 100 % de la commune et les agressions auront toujours lieu, avec ou sans cagoule.
Je rappelle que la Chambre Régionale des Comptes a rendu un verdict terriblement dur sur la vidéosurveillance à Neuville : des fausses-caméras sont aussi efficaces et bien moins chères.
Et autre rappel : 150 k€ en 2010, ce sont 5 agents supplémentaires que l’on pourrait pu recruter pour être présents sur le terrain.
Enfin, l’identification est un leurre, car une caméra en champ large (lorsque personne ne se trouve derrière les écrans, les images sont enregistrées et pour conserver le maximum d’informations, le zoom est en champ large) ne permet pas, du fait de la définition limitée du capteur de la caméra, d’identifier un agresseur (cf. expérience londonienne où seulement 1 % des agressions l’ont été grâce à la vidéosurveilance).
Alors, à quoi sert la vidéosurveillance ? Bonne question que je vous remercie de me poser… A rien, sauf à permettre au maire en place de faire croire aux habitants qu’il s’occupe de leur sécurité, alors qu’il fait joujou avec la technologie et qu’il joue dangereusement avec la liberté de ses électeurs.
Bonjour Jacques
Vous dite que « pour la petite délinquance oui. »
Elle s’adapte à tous les cagoules ne sont pas que pour le grand banditisme. Avez vous fait un sondage auprès de grandes villes 100 000 habitant et plus, ils vont vous faire un exposé pas super super de l’efficacité de la vidéo surveillance.
Je respecte votre avis et vous donne un vécu de plus de 20 ans dans une grande agglomération.
Si payer l’investissement plus la réfection de caméras ne vous dérange pas à vous de voir.
Pour l’agression qui c’est produite dans notre ville, je pense que vous prenez les jeunes délinquants plus bêtes qu’ils ne le sont, ils savent où se trouve les caméras comme je vous le disais, ils s’adaptent.
Je suis persuadé qu’une présence physique et des tournées régulières dans toute notre ville et non qu’au centre seraient bénéfiques.
Donner l’impression d’insécurité à Neuville ou ailleurs permet de faire monter le racisme (car il s’agit bien de cela) qui conduit certains à s’équiper de diverses armes de « dissuasion » et de créer un climat vraiment non sécuritaire (nous avons peur des « zorros », plus que des petits délinquants – même si, effectivement, cela n’est pas agréable de se retrouver nez à nez avec un voleur).
Pour mettre fin (mais n’y a-t-il pas toujours eu des petits malfrats dans chaque ville ou village ?) la première sécurité serait celle qui réduit les inégalités (logement (prioritaire avec l’école), travail, loisirs pour tous).
Et là, ce sont les élus (à tous les niveaux) qui suppriment les services publics, construisent des logements de standing au lieu de logements sociaux), réduisent les budget des associations qui luttent contre l’exclusion, diminuent les impôts des puissants et augmentent ceux des classes moyennes, et surtout soutiennent les délocalisations, les mises au chômage de la population afin d’augmenter les profits des actionnaires.
Quant aux vidéos-surveillance ce n’est qu’une vaste blague qui ne sert qu’a « fliquer » les citoyens et enrichir les entreprises (voir les amis !…) qui fabriquent ces systèmes.
La véritable insécurité, c’est l’insécurité sociale.